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« Bien interpréter et s’approprier le DIH »
Tel fut le thème de la conférence débat organisée à Abidjan par la délégation régionale du CICR, le 26 octobre 2022.
Cet événement avait pour but de présenter officiellement le Commentaire actualisé en français de la Première Convention de Genève par le CICR au monde francophone. La table ronde s’est ouverte par des mots de bienvenue de Monsieur Loukas PETRIDIS, Chef de la Délégation Régionale du CICR à Abidjan, devant un parterre d’une centaine de personnes. Parmi elles, de nombreux magistrats qui participaient par ailleurs au séminaire sous-régional francophone sur le DIH et la répression des crimes de guerre et des actes terroristes.
Ghislaine DOUCET, conseiller juridique principal de la délégation régionale du CICR à Paris et responsable de la production en français des Commentaires actualisés des Conventions de Genève, a brièvement présenté les principales raisons qui ont conduit le CICR à travailler à cette actualisation, sa légitimité ainsi que sa méthodologie et ses objectifs. Elle a notamment indiqué que dans l’époque tourmentée que nous vivons, une époque « parfois d’une inhumanité archaïque, qui tranche amèrement avec certains discours compatissants ou humanistes, il est essentiel d’éviter certaines confusions ou mauvaises interprétations des dispositions du droit international humanitaire ».
Bâtiments détruits, Damas, Syrie, 2018.
C’est pourquoi il était indispensable d’actualiser et de densifier les commentaires des 4 Conventions de Genève (CG), publiés dans les années qui ont suivi leur adoption, lesquels se fondaient principalement sur l'histoire de la négociation de ces traités et sur la pratique antérieure à 1949.
Rappelant que c’est au début des années 2010, que le CICR a entrepris de mettre à jour les Commentaires Pictet, elle a salué le travail réalisé par Jean-Marie HENCKAERTS, conseiller juridique du CICR, chef de ce projet colossal de mise à jour des commentaires, ainsi que toute son équipe. À ce jour, les commentaires des trois premières Conventions de Genève ont été publiés en anglais. Le Commentaire mis à jour de la Quatrième Convention est en cours.
Si le CICR est surtout connu pour ses opérations sur le terrain dans le monde entier en faveur des victimes de conflits armés et d’autres situations de violences, il remplit aussi le rôle complexe de « gardien du DIH » et c’est en cette qualité de gardien et de promoteur du DIH que le CICR a entrepris ces travaux, une tâche qui entre pleinement dans son rôle, tel que fixé par les Statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Concernant la méthodologie, le CICR a scrupuleusement suivi les prescriptions de la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969 et en particulier son article 31, par. 1 selon lequel un traité « doit être interprété de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes du traité dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but ». Ainsi, « l’objet » et « le but » des Conventions de Genève, respecter et protéger ceux qui sont affectés par un conflit armé en prenant en considération les nécessités militaires, ont été, en permanence, la boussole qui a orienté les travaux du CICR. Le CICR s’est également fondé sur la pratique des États et sur les travaux préparatoires des CG, conformément à l’article 32 de la Convention de Vienne relatif aux moyens complémentaires d’interprétation.
Ghislaine Doucet a enfin insisté sur le fait que l’actualisation des commentaires est le fruit d’un travail collectif, soulignant en particulier l’examen de chaque projet de commentaire, par un vaste groupe d’experts, représentatif du monde entier. Cette procédure tout à fait innovante, a permis, pour les 3 premiers commentaires, d’enrichir significativement la qualité de cette mise à jour et notamment de prendre en compte la plus grande diversité des opinions et d’assurer une représentation géographique – et donc juridique et politique - la plus large possible.
Elle a enfin souligné l’importance de proposer ces Commentaires actualisés en français. D’abord car le français est une des deux langues authentiques des CG et que nombre des textes plus anciens ainsi que des travaux préparatoires sont en français.
Mais surtout car de nombreux conflits armés ou autres situations de violence se déroulent dans des pays de langue française. Plus de la moitié des populations confrontées à un conflit armé parle le français : il est donc impératif si l’on veut que le DIH soit respecté, connu, fidèlement interprété, de s'adresser à elles dans une langue qu'elles comprennent…
Citant Guillaume Apollinaire (Calligrammes, 1918), « L'homme est à la recherche d'un nouveau langage auquel la grammaire d'aucune langue n'aura rien à dire », elle a conclu son introduction en insistant sur le fait que ces Commentaires actualisés doivent avant tout constituer un nouvel outil pour générer le respect du droit international humanitaire (DIH) que chacun doit s’approprier.
Cette conclusion lui a permis d’ouvrir la table ronde consacrée à ce sujet.
Le débat a ainsi été orienté vers certaines dispositions fondamentales, communes aux quatre Conventions de Genève.
- respecter et faire respecter le DIH - l’importance de faire connaître le DIH du plus grand nombre - l’importance pour les forces armées des États de connaître, comprendre et bien incorporer les dispositions des CG dans leurs doctrines - prévenir et sanctionner les infractions /violations graves des CG
Quatre brillants orateurs avaient été invités par la Délégation du CICR à Abidjan.
- Tristan Ferraro, conseiller juridique principal du CICR à Genève. - Docteur Zakaria Dabone, Enseignant chercheur à l’Université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso, Burkina Faso - Jean Hubert Ouassenan, Colonel Major de l’Armée de Côte d’Ivoire, expert et instructeur en DIH - Abdoulaye Seye, Chef des Equipes Unifiées, Bureau du Procureur, Cour Pénale internationale

Tous ces intervenants ont rappelé le contenu des dispositions des Conventions et ont exposé en quoi les commentaires mis à jour récemment par le CICR leur sont utiles dans leurs tâches au quotidien. Ils ont aussi fait part de leur expérience dans les domaines qui sont les leurs : enseignement supérieur, militaire, pénal et humanitaire.
À l’issue de leurs exposés respectifs, les intervenants ont répondu aux nombreuses questions de l’auditoire.
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